Jusqu'où pousser pour avoir de bonnes notes?

Chronique
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Natacha Langlois

Principalement maman de deux enfants âgés de cinq et huit ans, je suis aussi artisane, pâtissière et auteure à mes heures, en plus d’avoir déjà enseigné au primaire.  De plus, mon deuxième enfant étant né avec un trouble du spectre de l’autisme et un TDAH, je travaille quotidiennement pour faire connaître et accepter les différences.

Quand j’étais petite, j’étais moi aussi une première de classe. J’avais des A quasiment partout, je comprenais tout très rapidement et j’obtenais presque toujours la première place de mon niveau en français lors des galas méritas.

Jusqu’où pousser pour avoir de bonnes notes?

J’avais une facilité naturelle à écrire correctement la langue française, à la lire et à la comprendre. Sans me forcer véritablement, j’obtenais toujours des notes presque parfaites dans mes dictées, mes productions écrites et mes compréhensions de lecture.

J’ai poursuivi ainsi tout mon primaire et tout mon secondaire, sans ne jamais avoir à fournir de véritables efforts et sans jamais qu’on ne me demande d’en donner davantage.

Puis, je suis arrivée au cégep.
C’est là que, pour la première fois, un enseignant de français a osé me dire que, bien que ma dissertation était sans faute, bien construite et tout à fait convenable, une fille qui avait autant de talent en français aurait pu en faire encore beaucoup plus, et beaucoup mieux.

C’est en lisant ses notes sur ma copie que j’ai compris que je ne m’étais effectivement jamais forcée. Que je n’en avais jamais donné plus que le client en demandait. Et qu’on n’avait jamais exigé de moi de le faire, alors que j’avais toujours eu tout ce qu’il fallait en moi pour aller encore plus loin.

Si je te raconte tout ça, ma fille, c’est parce que tu présentes aujourd’hui le même profil que moi.
Tu réussis très bien à l’école, tu as une facilité naturelle pour l’ensemble des matières scolaires, et je suis tiraillée entre l’envie de t’amener plus loin et celle de t’amener ailleurs.

Trucs et outils

Principalement par manque de temps, je suis tiraillée entre le désir de te pousser à en donner davantage à l’école afin d’exploiter au maximum ces compétences que tu maîtrises déjà, et celui de profiter de ces aptitudes naturelles pour te permettre de prendre le temps d’en développer de nouvelles.

J’hésite entre la spécialisation et la polyvalence.
Entre l’ambition et la diversification.
Entre le travail et le plaisir.
Entre le perfectionnisme et le juste assez.

Je dois te l’avouer, je ne crois pas arriver à trouver une réponse à cette question un jour.
Encore aujourd’hui j’hésite, non seulement pour toi, mais aussi pour moi-même.

  • Une semaine, j’insiste pour que tu reprennes les mots écrits de façon moins soignée alors que la suivante, je considère que tu écris déjà suffisamment bien pour ne pas constamment exiger ta calligraphie la plus appliquée.
  • Une semaine, je m’investis complètement dans mes activités professionnelles liées à mon amour de la langue française alors que la suivante, je m’attarde plutôt à faire des gâteaux, du dessin et de la peinture.
  • Une semaine, je te demande avec insistance pourquoi tu as fait deux erreurs dans ta dictée alors que la suivante, je te félicite parce que tu en as fait seulement trois.
  • Une semaine, je commence l’écriture d’un livre alors que la suivante, je pense à des façons d’exploiter davantage mes aptitudes en pâtisserie.

Je suis probablement difficile à suivre, et je m’excuse si tu me perds parfois en cours de route.
Je dois t’avouer que, même à mon âge, je me sens encore moi-même un peu perdue. Mais, plus je vieillis, plus je réalise que cette ambivalence, elle est correcte. Que c’est correct d’exiger parfois plus de toi et d’accepter à d’autres moments que tu n’en donnes pas plus que juste assez.

 

Trucs et outils

Alors que, pendant longtemps, j’ai cru qu’on aurait dû me pousser davantage dans mes aptitudes naturelles lorsque j’étais plus jeune, je réalise aujourd’hui que de ne pas m’investir à fond dans une seule de mes compétences m’a plutôt permis d’en développer une multitude d’autres.

C’est ce qui m’a permis, entre autres, d’être polyvalente, curieuse et d’être intéressée par presque tout ce qui m’entoure. C’est ce qui m’a permis d’explorer plusieurs avenues professionnelles et de varier mes occupations, de façon à ce que je ne m’ennuie jamais.

Je crois donc, ma fille, que je continuerai à parfois t’en demander plus, parce que je sais que tu en es capable, et à parfois n’exiger que le juste assez, parce que je souhaite que tu aies le temps de découvrir autre chose.

Parce que je veux que tu varies tes intérêts et tes compétences.
Parce que je ne veux pas non plus que tu cherches à atteindre toujours la perfection.
Parce que, surtout, je veux que tu apprennes à être toujours indulgente avec toi-même.