Plusieurs symboles sont utilisés en poésie, au cinéma, dans la littérature, etc. pour des raisons bien précises. Ces symboles soutiennent le message de l'œuvre cinématographique ou littéraire et lui confèrent un niveau d'interprétation supplémentaire. L'œuvre truffée de symboles stimule l'intellect de celui ou celle qui la reçoit et qui doit faire un effort pour en comprendre toutes les subtilités de sens.
On dit qu'un symbole est récurrent quand il apparait plusieurs fois dans l'œuvre de création. Il devient possible d'interpréter le sens de celui-ci en réfléchissant sur ses différentes caractéristiques, propriétés, qualités, etc., et en effectuant des liens avec le message, les personnages, le lieu, etc. présents dans l'objet de création.
Plusieurs symboles courants sont devenus des repères de sens importants dans les diverses œuvres culturelles.
Puisque l'objet concret étudié se définit par un ensemble de qualités, il donne lieu à une multitude de pistes de compréhension. En effet, une image symbolique peut avoir plusieurs sens. Il faut toutefois s'assurer que le lien effectué et permettant de délimiter le sens d'un symbole tienne la route et soit appuyé sur un raisonnement logique.
Bien connaitre les caractéristiques de l'objet symbolique est primordial afin d'en comprendre toute la signification.
La présence récurrente d'un chat dans une oeuvre de création a une portée symbolique qu'il est possible de décoder en considérant les qualités de cet animal.
Sens réel : un chat est un félin qui dispose d'un esprit totalement libre et indépendant, il est le compagnon de l'humain, mais ne lui appartient jamais. Malgré sa petite taille, il est un fauve doté d'une vivacité et d'une capacité d'attaque et de défense impressionnante et ainsi de suite.
À partir de cette description concrète, il est possible de faire la liste des sens possibles de ce symbole.
Le symbole a aussi une valeur culturelle et peut être interprété différemment en raison des traditions, des croyances, etc.
Les corbeaux
Seigneur, quand froide est la prairie,
Quand dans les hameaux abattus,
Les longs angelus se sont tus...
Sur la nature défleurie
Faites s'abattre des grands cieux
Les chers corbeaux délicieux.
Armée étrange aux cris sévères,
Les vents froids attaquent vos nids !
Vous, le long des fleuves jaunis,
Sur les routes aux vieux calvaires,
Sur les fossés et sur les trous
Dispersez-vous, ralliez-vous !
Par milliers, sur les champs de France,
Où dorment des morts d'avant-hier,
Tournoyez, n'est-ce pas, l'hiver,
Pour que chaque passant repense !
Sois donc le crieur du devoir,
Ô notre funèbre oiseau noir !
Mais, saints du ciel, en haut du chêne,
Mât perdu dans le soir charmé,
Laissez les fauvettes de mai
Pour ceux qu'au fond du bois enchaîne,
Dans l'herbe d'où l'on ne peut fuir,
La défaite sans avenir.
— Arthur Rimbaud (1854-1891)
Il est possible de dégager différents symboles à l'intérieur de ce texte d'Arthur Rimbaud.
1. Plusieurs éléments du texte symbolisent la mort et le traumatisme créé par la guerre.
- La couleur noire
- Le froid, la saison morte
- L'armée, la guerre
2. Un élément intégré dans le texte symbolise l'espoir.
- Les fauvettes de mai (une fauvette est un petit oiseau au chant agréable)
L'analyse de ces symboles permet au lecteur de mieux comprendre le message véhiculé par le poème.
1. Les corbeaux et leur couleur noire, le froid et l'hiver, saison morte, celle de la mort, du deuil, ne peuvent que rappeler un monde où sont niées les valeurs que l'on sait fondamentales pour Rimbaud : le mouvement et l'avenir.
2. On sait l'importance des saisons chez Rimbaud. Dans son poème, le printemps (symbole de renouveau) est annoncé par la fauvette de mai. La fauvette de mai au chant agréable peut aussi symboliser Rimbaud, le poète qui crée le changement à travers sa poésie et qui rêve de jours nouveaux. Ce printemps rêvé et offert par Rimbaud cherche à consoler ceux et celles qui ne connaissent que l’absolue défaite (voir la finale du poème).
3. Il est possible de mettre en relation le message que renferme le poème et la vie de Rimbaud ainsi que le contexte sociohistorique dans lequel il créait :
— défaite littéraire de Rimbaud qui renonce définitivement à l'écriture en atteignant l'âge adulte;
— défaite militaire de la guerre franco-allemande (1870) — le texte est paru en 1871.